En mars 2019, la ville de Jonzac, en Charente-Maritime, a vécu un curieux épisode culturel : la disparition, puis la réapparition, de « L’Ange », une sculpture de l’artiste zoran petrovic offerte à la commune. Pendant près d’un mois, l’œuvre, pourtant stockée dans un local fermé à clef, semblait s’être volatilisée avant de refaire surface un mercredi, au grand soulagement des élus et des habitants.
Au-delà de l’anecdote, cette histoire met en lumière un sujet majeur : comment les collectivités locales protègent-elles les œuvres d’art qui leur sont confiées ? Et surtout, comment transformer un incident en opportunité pour mieux valoriser et sécuriser le patrimoine artistique ?
« L’Ange » de Zoran Petrovic : une œuvre offerte à la ville de Jonzac
L’œuvre au cœur de ce fait divers culturel est une sculpture intitulée « L’Ange ». D’environ 1 m de haut pour 0,70 m de large d’une aile à l’autre, elle attire l’œil par sa présence et ses volumes, tout en restant d’un format adapté à l’espace public ou aux bâtiments municipaux.
L’Ange a été offert à la ville de Jonzac, ce qui en fait non seulement une œuvre d’art, mais aussi un geste de confiance de l’artiste envers la collectivité et ses habitants. Comme beaucoup d’œuvres entrées dans les collections publiques, elle a été stockée dans un local fermé à clef en attendant une mise en valeur plus pérenne : exposition dans un lieu culturel, intégration dans l’espace public, ou accrochage dans un bâtiment municipal.
C’est précisément dans ce temps de transition– entre la donation et l’exposition – que l’incident s’est produit.
Une disparition mystérieuse qui a tenu Jonzac en haleine
Au mois de mars 2019, les services municipaux constatent que la sculpture n’est plus là. Le local est fermé à clef, l’œuvre était officiellement inventoriée et pourtant, plus aucune trace de « L’Ange ». L’information remonte rapidement aux élus, puis à la presse locale.
Selon l’article de Marie-Laure Gobin publié le 21 mars 2019, l’œuvre, offerte à la ville et entreposée depuis juin dans un local sécurisé, a disparu pendant près d’un mois avant d’être finalement retrouvée un mercredi, mettant fin à l’inquiétude des élus et des habitants.
Pendant plusieurs semaines, un flou inquiétant plane : l’œuvre a-t-elle été déplacée par erreur ? Empruntée sans formalités ? Volée ? Mal répertoriée ? Les hypothèses vont bon train, et l’épisode prend rapidement la forme d’un petit polar culturel local.
Heureusement, l’histoire se termine bien : la sculpture réapparaît. Si les circonstances exactes de cette redécouverte restent discrètes, un point est clair : l’Ange n’a pas disparu pour toujours, et Jonzac conserve ce témoignage de la création contemporaine offerte par Zoran Petrovic.
Un soulagement pour les habitants… et un signal d’alarme positif
Pour les habitants comme pour les élus, la réapparition de la sculpture est d’abord un soulagement. On ne parle plus de perte irrémédiable ni de vol, mais d’un incident clos. Pourtant, loin d’être anodin, l’épisode agit comme un signal d’alarme bénéfique.
Il met en lumière :
- La valeur symbolique des œuvres offertes à une ville, au-delà de leur valeur marchande.
- Le besoin de procédures claires pour le stockage, le repérage et les déplacements d’œuvres.
- L’importance de rassurer les artistes et les donateurs sur le soin apporté à leurs créations.
- La possibilité de transformer un incident en occasion d’améliorer la gestion du patrimoine.
En ce sens, l’aventure de « L’Ange » s’apparente à un cas d’école pour toutes les communes, bien au-delà de Jonzac et de la Charente-Maritime.
Œuvres offertes ou prêtées aux collectivités : quels enjeux ?
De nombreuses villes françaises, petites et grandes, bénéficient de dons, dépôts ou prêts d’œuvres d’art de la part d’artistes, de galeries, d’associations ou de particuliers. Ce patrimoine enrichit l’espace public, nourrit l’identité locale et participe à l’attractivité touristique et culturelle d’un territoire.
Cependant, ces œuvres soulèvent des enjeux spécifiques :
- Responsabilité : la collectivité devient gardienne de l’œuvre et doit en assurer la conservation, la sécurité et la valorisation.
- Traçabilité : chaque mouvement (prêt, restauration, stockage, exposition) doit être suivi et consigné.
- Conditions matérielles : lieux de stockage, conditions climatiques, manipulation, transport.
- Communication : expliquer aux habitants d’où viennent ces œuvres, pourquoi elles sont là, et comment elles seront mises en valeur.
L’affaire de « L’Ange » rappelle que même une seule sculpture de taille modeste mérite des procédures dignes d’un musée lorsqu’elle entre dans le patrimoine public.
Stockage des œuvres : un maillon souvent sous-estimé
Dans beaucoup de collectivités, le moment le plus délicat n’est pas l’exposition elle-même, mais la phase de stockage : ce temps intermédiaire où l’œuvre attend une affectation définitive. C’est souvent là que les risques se concentrent.
Un local fermé ne suffit pas
À Jonzac, la sculpture était conservée dans un local fermé à clef. Sur le papier, cela semble rassurant. Mais l’incident montre que la sécurité ne se résume pas à une serrure. D’autres points sont essentiels :
- Qui a accès au local ?
- Les entrées et sorties sont-elles consignées ?
- Les œuvres sont-elles identifiées de manière visible et croisée (photo, fiche, étiquette) ?
- Existe-t-il un plan ou un schéma de rangement mis à jour ?
Sans ces garde-fous, le risque n’est pas seulement le vol : une œuvre peut être mal rangée, déplacée par un agent de bonne foi, ou confondue avec un simple objet décoratif.
Des procédures simples, mais structurées
La bonne nouvelle, c’est qu’il n’est pas nécessaire d’être une grande métropole pour mettre en place des procédures efficaces. Même une petite ville peut adopter des outils simples et peu coûteux pour sécuriser ses œuvres.
| Risque fréquent | Conséquence potentielle | Bonne pratique à mettre en place |
|---|---|---|
| Absence d’inventaire précis | Œuvre égarée ou introuvable pendant plusieurs semaines | Établir un inventaire détaillé avec photos, dimensions, localisation |
| Local de stockage partagé | Manipulation non contrôlée, déplacements non signalés | Limiter les accès, désigner un référent, consigner chaque déplacement |
| Œuvre non identifiée sur place | Risque de confusion avec du mobilier ou du décor | Ajouter une étiquette ou fiche visible associée à l’inventaire |
| Manque de communication interne | Agents mal informés, mauvaises manipulations, oublis | Informer les équipes, diffuser des consignes simples et écrites |
Bonnes pratiques pour protéger les œuvres d’art dans les collectivités locales
L’épisode de Jonzac offre l’occasion de faire un tour d’horizon des bonnes pratiques à adopter pour toute commune qui accueille des œuvres d’art, qu’il s’agisse de sculptures, de peintures, de photographies ou d’installations.
1. Mettre en place un inventaire rigoureux dès l’arrivée de l’œuvre
Dès son entrée dans les collections, une sculpture comme « L’Ange » devrait faire l’objet d’une fiche d’inventaire complète :
- Description précise (titre, artiste, technique, dimensions).
- Date d’entrée, mode d’acquisition (don, achat, dépôt, prêt).
- Localisation initiale (bâtiment, pièce, emplacement).
- Photographies sous plusieurs angles.
- État de conservation à l’arrivée.
Un inventaire peut être tenu dans un simple tableur ou à l’aide d’un logiciel de gestion de collection si la ville possède un patrimoine plus important. L’essentiel est qu’il soit à jour, centralisé et consultable par les personnes autorisées.
2. Formaliser les mouvements d’œuvres
Chaque fois qu’une œuvre est déplacée – même de quelques mètres – ce mouvement devrait être noté et validé. Cela peut prendre la forme :
- D’un registre papier à l’entrée du local de stockage.
- D’un tableau de suivi partagé entre services (culture, logistique, patrimoine).
- D’une simple procédure interne : qui décide, qui transporte, qui signe.
Cette formalisation ne vise pas à complexifier le travail des équipes, mais bien à éviter les disparitions inexpliquées et à pouvoir reconstituer un parcours en cas de doute.
3. Soigner les conditions de conservation
La sécurité ne se limite pas à prévenir le vol ou l’oubli. Une œuvre d’art doit aussi être protégée de la dégradation. Pour cela, il convient de veiller notamment à :
- La stabilité de la température et de l’humidité dans les locaux de stockage.
- L’absence de chocs et de frottements avec d’autres objets.
- Une protection contre la poussière ou les projections (housses, caisses, socles).
- Une manipulation adaptée (deux personnes pour une sculpture lourde, gants si nécessaire, etc.).
Pour une commune, ces précautions montrent un respect concret pour la création artistique et renforcent la confiance des artistes et des donateurs.
4. Clarifier la responsabilité et les assurances
En cas de disparition ou de dégradation, qui est responsable ? Quelle indemnisation est possible ? Ces questions doivent être abordées dès la signature d’une convention de don, de dépôt ou de prêt.
Quelques points clés à préciser :
- Qui est propriétaire de l’œuvre (artiste, ville, autre organisme).
- Qui assure l’œuvre (collectivité, propriétaire, assureur spécialisé).
- Dans quels lieux l’œuvre peut être installée.
- Quelles sont les obligations de conservation et de sécurité de la collectivité.
En clarifiant ces éléments, une ville se protège juridiquement, mais surtout, elle envoie un message fort : ici, les œuvres sont prises au sérieux.
5. Communiquer avec les habitants pour valoriser le patrimoine
L’histoire de « L’Ange » montre combien une œuvre peut susciter de l’émotion à l’échelle d’un territoire. Plutôt que de garder ces sujets en interne, une commune a tout intérêt à impliquer ses habitants :
- En présentant chaque nouvelle œuvre (don, acquisition) via les supports municipaux.
- En expliquant le parcours de l’œuvre : qui l’a créée, qui l’a offerte, où elle sera visible.
- En partageant, avec transparence, les mesures prises pour mieux protéger et valoriser le patrimoine après un incident.
Ce type de communication transforme un fait divers en récit collectif positif : la ville apprend, s’améliore, et affirme son attachement à la culture.
Un cas emblématique pour la Charente-Maritime et les territoires culturels
La Charente-Maritime se distingue par un riche tissu culturel : festivals, patrimoine bâti, créations contemporaines, initiatives associatives… Dans ce contexte, l’affaire de la sculpture de Zoran Petrovic à Jonzac illustre la manière dont une collectivité peut progresser concrètement dans la gestion de son patrimoine artistique.
Ce type d’épisode :
- Rappelle que chaque œuvre compte, même lorsqu’elle n’est pas encore installée au cœur de la ville.
- Encourage les communes voisines à réviser leurs propres pratiques de stockage et d’inventaire.
- Montre aux artistes que leurs créations sont au centre d’une véritable réflexion patrimoniale.
Dans un territoire touristique et culturel comme la Charente-Maritime, savoir protéger une sculpture comme « L’Ange », c’est aussi affirmer une ambition à long terme : faire de l’art un pilier durable de l’identité locale.
Transformer un incident en levier de progrès
Ce qui aurait pu rester un simple fait divers – une œuvre égarée, puis retrouvée – devient, si l’on y prête attention, un levier de progrès pour toutes les collectivités qui gèrent un patrimoine artistique, même modeste.
L’épisode de « L’Ange » permet de :
- Prendre conscience des fragilités dans la gestion des œuvres.
- Structurer des procédures simples d’inventaire, de stockage et de déplacement.
- Renforcer la confiance entre communes, artistes et habitants.
- Valoriser davantage les œuvres offertes ou prêtées, en leur donnant une place visible et reconnue.
En fin de compte, l’optimisme l’emporte : la sculpture de Zoran Petrovic a été retrouvée, l’inquiétude a laissé place au soulagement, et la ville de Jonzac dispose désormais d’une expérience précieuse pour mieux protéger et mettre en valeur son patrimoine artistique.
Pour toutes les collectivités qui souhaitent développer une politique culturelle ambitieuse, l’« aventure » de « L’Ange » rappelle une évidence : prendre soin des œuvres, c’est aussi prendre soin de l’image et de l’âme de la ville.